le monde des marionnettes s'ouvre aux femmes

Les  femmes s’imposent maintenant en tant qu’artistes dans toute l’Afrique de l’Ouest.

 

Elles doivent faire preuve de persévérance pour renverser les barrières de la discrimination sexiste, affronter tous les jours les propos malveillants, les préjugés et lutter pour leur émancipation et leur épanouissement. La promotion de l’art de la marionnette faite par ces femmes  auprès des femmes,  donne aux mères qu’elles sont aussi, les moyens d’éduquer et  de développer l’esprit de créativité chez l’enfant et de  sensibiliser ces mères  à toutes sortes de problèmes. Les ateliers  proposés ont d’ailleurs poussé certains parents à scolariser les enfants.

L’animation de ces représentations occupe une  fonction sociale, voire politique dans des contextes différents. Mais les marionnettes n’attirent pas encore  autant les publics en Afrique que la musique, la danse ou encore la peinture.

 

 

Were Were Liking est l’une des premières femmes marionnettistes en Afrique de l’Ouest. De culture camerounaise, elle vit au village artistique Kiyi Mbock près d’Abidjan  en Côte d’Ivoire. Were Were Liking  milite pour l’essor des marionnettes sur le continent africain.  Qu’il s’agisse de la dénonciation ou de la sensibilisation, les marionnettes sont un instrument social fort,  qui a toute latitude pour faire dire aux objets qu’ils manipulent, des choses qu’ils ne diraient pas dans la vie ordinaire.

En 2018, la 9ème édition du  Kiyi village experiences  interroge  la place de la marionnette africaine dans le marché mondial.  Les  élèves du Kiyi Mbock, les Ki-Yi puppets,  ont proposé deux spectacles. Le premier, intitulé  Elevation, appelle les hommes à toujours s’élever malgré les obstacles de la vie. Les marionnettes animales du second spectacle ont présenté :  Polygamie, un amour de buffle.

Au TOGO, Adama  Bacco et Vicky Tsikplonou, sont les premières femmes marionnettistes. C’est pour affirmer  leur identité que deux femmes qu'elles ont  créé en 1997/1998 leur propre troupe (Bouam et Evaglo) en se désolidarisant de la troupe du Théâtre National de Marionnettes du Togo fondée en 1978 par Danaye Kanlanféï.

Victimes comme l’ensemble de la population d’une politique autoritaire et sans perspective (le pays est alors dirigé par le Président Eyadema), les femmes dans toutes les couches de la société s’organisent pour faire progresser et respecter leurs droits. 

Adama Bacco-Assinguime, à la tête de l’association féminine BOUAM, a créé  en 2012, à Lomé,  le  Festival International Emergence Talents de Marionnettistes (FIETM). Progressivement, depuis la 3ème édition,  ce festival   se déplace  à travers le pays. Ce projet, soutenu par le  fond gouvernemental d’aide à la culture, par Cheick Amadou Kotondi, Président de l’Association des Marionnettistes d’Afrique et de la Commission Afrique de l’Association Mondiale des Marionnettistes et  Danaye Kalanféï, Président de l'UNIMA Togo , valorise le métier de marionnettistes au Togo et sensibilise chaque année  le très jeune public à différentes questions civiques qui traversent la société togolaise (environnement, épanouissement  et autonomie de la femme artiste, comment remédier aux grossesses précoces en milieu scolaire en 2017…)

Ateliers de formations, expositions,  sketchs, danses, déclamations de poèmes,  participation des marionnettistes venus de Kara, Kpalimé et  Lomé, spectacles de la troupe féminine Bouam,  marionnettes venues de Côte d’Ivoire… et compétitions entre les différents lauréats des  trois  éditions précédentes de ces villes,  animent les manifestations. 

En 2017, la clôture de ce festival a eu lieu au nord du Togo dans la ville de Dapaong. Adama Bacco-Assinguime souhaite  promouvoir la marionnette dans tout le Togo pour la 5ème édition de ce festival.

 

 

Au Mali, bousculant les traditions, en 2017, douze femmes,  sont venues de Côte d’ivoire, du Burkina ou du Niger pour s’ouvrir ou se perfectionner à l’art des marionnettistes. (TV 5 Monde, reportage Emmanuelle Godard, octobre 2017).

A l’ initiative du Collectif Art Marionnette Musique clowns danse nos rues (AMMCDR), soutenu par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), la Coopération suisse, l’Institut français du Mali, et Patrimoine Canada, Yacouba Magassouba,  et une canadienne Emilie Racine tentent de changer les codes en ouvrant le monde des marionnettes aux femmes.

 

En Afrique de l’Ouest, les marionnettes et leurs avatars restent encore   des objets mystiques, sacrés, souvent réservés aux hommes qui   ne donnent pas de formations aux femmes, c'est un milieu renfermé  (Jeannette, comédienne au Burkina).

Certaines de ces femmes, comme Jeannette,  sont  venues de Côte d'Ivoire  glaner des idées pour sa compagnie de marionnettiste 100% féminine  parce qu’il y a des pays où les marionnettes sont considérées comme mystiques, et en tant que femmes, nous avons voulu tenter de les moderniser, de sensibiliser et de corriger les lacunes.


Aminata et d’autres marionnettistes, souhaitent enrichir leur fonction d’animatrice : 

J'ai l'impression d'être à nouveau un enfant, avec sa poupée, je suis animatrice et dans l'animation, les marionnettes doivent être insérées, pour travailler avec les enfants, ce sont des activités de loisirs. 

 

Une première formation de deux semaines à Bamako était concentrée sur la création et la manipulation des marionnettes   à tiges et des marionnettes habitées. En 2018 lors d’une seconde session de formation, le directeur du festival  Rendez-vous chez nous,  Yacouba Magassouba  les a invitées à présenter  leurs talents de marionnettistes et à  prouver que le métier n’est pas uniquement destiné aux hommes. Dans leurs spectacles, les marionnettes géantes et leurs techniques d’expressions ont exprimé   des messages de  lutte contre les maux de la société. (Culture Afrique, Moussa Samba Diallo)

© Anita Bednarz 2020