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bouam et evaglo

Deux troupes féminines

 

 

c’est pour affirmer  leur identité artistique qu’au Togo deux femmes adama bacco et Vicky tsikplonou, créent en 1997/1998 leur propre troupe dans les pas de werewere liking, cette  artiste protéiforme de Côte d’Ivoire. Auteure, metteure en scène et pédagogue,  fondatrice du groupe KiYi M’Bock, compagnie de théâtre basée à Abidjan, elle se lance, dès 1978,  dans des recherches en traditions et esthétiques négro-africaines à l’université (marionnettes, statuettes peintes, analyse du récit Kaydara, etc..). Elle contribue dans les années 1980 au renouveau de l’esthétique du théâtre rituel avec Marie-José Hourantier. Fer de lance de la création théâtrale associée aux questions sociales, elle est une grande militante de l’émancipation des femmes africaines.

Comme dans toute l’Afrique de l’Ouest, les femmes togolaises, victimes comme l’ensemble de la population d’une politique autoritaire et sans perspective, s’organisent dans toutes les couches de la société  pour faire progresser et respecter leurs droits.

 

Issues du  Théâtre National de Marionnettes  créé par Danaye Kanlanféï, Adama Bacco et Vicky Tsikplonou  ont été formées soit par lui-même soit plus tard au cours de stages avec des marionnettistes de passage comme Petra Schuff, marionnettiste allemande, en France à l’Institut International de la  Marionnette (Adama Bacco) ou au contact d’une marionnettiste française, Li Ragu (Vicky Tsikplonou).

vicky tsikplonou  a toutefois mentionné son apprentissage dans l’enfance en payant des marionnettistes africains se déplaçant dans les villages ainsi que l’animation TV « Tchitchavi-Kopé » de Monsieur Dumoulin avant d’adhérer à la compagnie Danaye.

vicky tsikplonou est   à la tête de la compagnie evaglo  (qui veut dire j’en ai marre).

dans une lettre de juillet 2000, Vicky Tsikplonou s’exprimait ainsi :

Créer ma compagnie, c’est d’abord une liberté, sortir de mon silence, extérioriser mes connaissances afin de les partager en commençant d’abord par les femmes puis changer la mentalité des Africains en général et celles des Togolais en particulier. Au Togo, surtout dans le domaine culturel lorsqu’à trente ans on te retrouve sur scène pour présenter n’importe quel type de spectacle, tu es mal vue. On te lance des phrases telles que va te faire voir ailleurs…- ce n’est plus ta place, laisse-là à tes enfants – va t’occuper de tes petits-enfants…En bref, c’est la risée, ce qui explique la rareté des femmes dans les troupes (ex : une femme sur cinq ou une sur dix). A un certain âge, la femme a peur de s’exprimer culturellement pour éviter la honte dans l’âme. C’est pour relever le défi que j’ai voulu créer ma propre compagnie féminine. Le nom de ma compagnie ‘EVAGLO’ (qui veut dire – j’en ai marre) exhorte d’ailleurs les femmes à faire fi du qu’en dira-t-on et aussi défier les hommes. 

c’est aussi pour elle un cri  lancé aux autres femmes  opprimées et   une incitation à lutter pour leurs droits et ceux de leurs enfants.

née au sud Togo, d’une mère Bassari (nord Togo) et d’un père Evhé (sud Togo), elle aurait dû être investie du rôle traditionnel de Hounon c’est à dire de chef féticheuse que sa grand-mère lui réservait.

 Je devais lui succéder à sa mort mais devant le refus catégorique de ma maman, j’ai été obligée de subir certaines cérémonies au cours desquelles j’ai manipulé ses fétiches pour échapper à leur colère afin de pouvoir continuer normalement et sans inquiétude mes études.

 

 

 

La compagnie Evaglo poursuit ses propres recherches autour de la marionnette à gaine, à fils,  des figures plates, poupées et jouets pour enfants ainsi que  des figures pour théâtre d’ombres. Les spectacles, souvent présentés dans un castelet en bois, sont accompagnés de chants,  de danses et percussions interprétés sur scène par des comédiennes marionnettistes de la compagnie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

adama bacco, directrice de la troupe bouam  mêle par sa grand-mère paternelle, la culture Bassari (nord Togo) et par sa grand-mère maternelle, la culture Tchokossi de Mango (nord Togo).  La passion des marionnettes ainsi qu’une certaine force intérieure lui viennent de son héritage familial dont certains membres manipulaient et consultaient les fétiches.

 Selon ma tradition, si j’étais au village, je devais être une prêtresse selon mon esprit parce que pour chaque enfant né, on consulte le fétiche qui dit ton origine et ton esprit c’est à dire en Gourma : ton Tchitchili

la troupe féminine Bouam comptait en l’an 2000  quatre pièces : Un jour heureux, La royauté se mérite, Un tabou de moins. La famine à Koussoungoussa  est un conte qui justifie l’autorité politique comme on en trouve  dans la tradition.

les spectacles proposés par la compagnie sont pluridisciplinaires,  autour de la marionnette (à fils ou figurines plates en carton), avec des percussions et de la danse, animés par les quatre manipulatrices elles-mêmes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le chien, marionnette de Vicky Tskiplonou
Djidjula, marionnette de Vicky Tsikplonou
Le chien, marionnette de Vicky Tsikplonou
Marionnette Adama Bacco (2)

Marionnette à fils et calebasse - Photo A. Bednarz jpeg, Lomé, 2000

Danseuses Adama Bacco (2)

Danseuses de la troupe Bouam Photo A.Bednarz, Lomé, 2000

Marionnettes en carton Adama Bacco

Marionnettes en carton - spectacle de la compagnie Bouam Photo A.Bednarz, Lomé, 2000

© Anita Bednarz 2020