Salut la compagnie !

Les Lobi du Burkina Faso disposent d’un si grand nombre de fétiches qu’on peut affirmer qu’ils vivent en leur compagnie. Cette cohabitation s’avère fructueuse, assurant de multiples avantages réciproques.

 

Ces idoles sont de toutes sortes. Il y a celles qui appartiennent au clan de la mère (càthil) et au clan du père (còdaárthil), et aussi d’autres qui sont purement personnelles (bùthìbà). Leur nom commun est thíla, qui signifie remèdes. Bien  que jamais sculptées dans une intention purement esthétique, elles frappent néanmoins par leurs expressions et leurs formes, sans compter  que chacune d’elles est investie d’un sens socioreligieux qui lui est propre. 

 

Pour illustrer la richesse de cette société parallèle, nous empruntons à l’anthropologue Daniela Bognolo (1990 : 21-31) quelques exemples typiques.

 

En première position viennent les ancêtres : ancêtres mythiques ou kõtína et ancêtres communs ou kõthíla. Ces fétiches sont sollicités pour protéger et venir en aide, vérifier les bonnes décisions à prendre, acquérir la connaissance des traditions à transmettre. Leur entremise est indispensable après les violations des interdits communautaires, notamment dans le cadre des sacrifices expiatoires obligatoires. Ils se manifestent également dans le culte des ancêtres, où les kõthíla (ancêtres communs) se montrent très actifs.

 

Il y a aussi les buórthíla, statuettes parlantes. Celles-ci appartiennent au clairvoyant (buór), qui sait discuter avec elles et interpréter leurs messages. L’homme ne  s’en sépare jamais. Même en voyage, il a avec lui ses càthil  et ses còdaárthil. D’après Palé Kayé du village de Helo, cité par Daniela Bognolo (1990 : 29), «  il en existe de grandes et de petites, mais les petites sont les plus fortes ; on les appelle tò-hine ("assieds-toi pour voir"). Elles sont noires car elles sont les plus fortes… »

 

Viennent ensuite les bùthìb-thuù, doubles des hommes. Leur propriétaire  les commande chez un spécialiste, à la suite d’un rêve ou d’une consultation chez le devin. Ces fétiches sont sculptés, selon le cas, dans les attitudes les plus diverses d’attente, de défense, de punition, de sollicitation, de protection… Installés aux côtés des effigies d’ancêtres, ils sont un lien entre les vivants et les morts. On les consulte surtout pour obtenir d’une divinité la résolution de difficultés survenues à l’improviste.

 

Présentons enfin les kõteé, les plus méchants, figurant les génies néfastes et dangereux. On les rattache au malheur, à l’oppression, à la douleur, et à la pauvreté. Disposer de leur concrétisation matérielle garantit  à l’homme leur bienveillance et leur protection.

 

Chacune de ces diverses idoles possède sa « scène » : un autel à l’intérieur de la maison pour les ancêtres et les doubles, un autre à l’extérieur pour les esprits maléfiques.

 

Mise à part la sublime idée de remédier au malheur à l’aide d’objets animés, nous garderons en mémoire ce nom superbement théâtral de : « Assieds-toi pour voir », porté par le petit fétiche de couleur noire, qu’on dit le plus puissant de tous.

© Anita Bednarz 2020